Dimanche 31 décembre 2006
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Sophie habitait un petit appartement près de la Sorbonne, au troisième étage d'un immeuble plutôt chic. Je l'avais prévenue de mon arrivée, ce qui expliqua la rapidité avec laquelle elle vint m'ouvrir, à peine eus-je sonné. L'intérieur de cet appartement était un modèle pour moi : un chaos ordonné. Il y règnait un désordre accueillant, où des vinyls cotoyaient des sous-vêtements, où retrouver la télécommande de la télé relevait, pour le visiteur, d'une expédition archéologique (grâce à l'études des strates d'affaires, on pouvait recouper les probabilités de présence de l'objet recherché), mais pour l'hôte, d'un simple mécanisme intellectuel, comme un jeu de mémoire. Je m'assis sur le canapé d'un blanc immaculé, sur lequel trônait une chaussette, apparemment seule, alors que Sophie me préparait un café.
" Alors mon loup, cette fois-ci c'est fini pour de vrai ? Remarque c'est pas plus mal, cette conne n'avait rien à faire avec toi", disait-elle en s'affairant dans la cuisine.
" Comment tu vas te débrouiller du coup ? me demanda-t-elle
- Je sais pas trop ... Si ça te gêne pas, je vais squatter quelques temps chez toi, en attendant de me trouver un "chez-moi", dis-je en observant la chaussette d'un oeil attentif.
- Aucun problème pour moi, mon loup !"
Elle avait pris l'habitude de m'appeler ainsi, ce qui n'était pas pour me déplaire, même si c'était la seule personne à me voir sous cet aspect. C'était toujours mieux que : "mon canard" ou "mon lapin" bien que ces sobriquets fussent plus intimes... Le café qu'elle apporta exhalait une fumée réconfortante, dont la chaleur contrastait avec les déboires de la journée. Je décidai de lâcher la chaussette pour me consacrer pleinement à ce breuvage, et à l'explication des évènements de la journée.
Lorsque Sophie s'assit en face de moi, ses longs cheveux noirs tombaient sur ses épaules avec la légèreté d'une plume. Ses lunettes donnaient un air sévère à ses yeux rieurs, légèrement tirés vers le haut, comme si elle s'apprêtait à éclater de rire à tout moment. Elle avait un regard perçant (qu'au début, j'eus du mal à soutenir, tant je me trouvais nu lorsqu'elle me regardait) qui analysait tout ce qui l'entourait avec vivacité, qu'elle détourna quelques instants pour vérifier si la flamme de son briquet touchait bien le bout de sa cigarette.
En expirant la fumée, elle dit :
"J'y crois pas à ce qu'elle t'a fait cette pute ! Elle avait le langage assez cru, en vérité.
Comment tu as fait pour te retenir de la tuer ?
- Ben je pense que je me préparais mentalement à ne pas tuer Damien en entrant dans la chambre."
Ses yeux s'agrandirent tout d'un coup, et sa bouche resta ouverte, comme si un geyser allait sortir de sa tête d'un moment à l'autre.
"Damien ? Cette enflure tirait ... Mais ? ... Mais ? " Elle ne trouvait pas les mots pour s'exprimer, je décidai donc de l'aider.
- Oui, oui, il sautait Alexia en cachette."
Elle se lança alors dans une tirade de gros mots, étoffant par la même occasion le nombre de mots que je connaissais, dont le capitaine Haddock aurait été jaloux, voire même effrayé. Mais à bien y réfléchir, je crois bien que toute cette histoire ne me faisait ni chaud ni froid. Ils avaient fait leurs choix.
"Après tout, c'est la vie, lui rétorquai-je.
-Mais quand même, après cinq ans de vie commune, il faut le faire ! Salope !"
Cette dénomination ne m'était même pas passée par la tête... A vrai dire, je considérais juste qu'on ne se reverrait plus, voilà tout. Il en allait de même pour Damien, chez qui j'aurais dormi, si ce n'était lui qui était dans la chambre à ce moment-là. Puisque je n'avais pas encore d'avis tranché sur les évènements, (ce que Sophie attribuait au "choc émotionnel"), j'orientais la discussion vers des sujets plus enclin au dialogue.
Nous discutâmes toute la nuit, puis je m'endormis sur son canapé, ménageant mes forces pour le cours que je devais donner le lendemain à la Sorbonne. Alors que je sombrai dans les bras de Morphée (quelle ne fut pas ma déception lorsque j'appris que ce personnage était de sexe masculin ! ), je sentis un regard bienveillant de Sophie qui me confirma qu'elle veillerait sur moi.